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AUTANT EN EMPORTE LE SOUFFLE

Vanity 30_dec15
Vanity Fair n°30 – décembre 2015

Dans l’impression innocente d’un moment envolé, mais à jamais ancré dans ma mémoire sensible, je m’aperçois m’être abandonné ma vie durant à poursuivre une onde bienveillante…
Jeune amoureux j’allais rejoindre ma dulcinée du moment sous les toits de Paris, dans sa chambre de bonne. Nous étions entre l’appartement de ses parents et le ciel bleu des gens qui s’aiment. J’avançais à pas de loup au dernier étage sans avoir allumé la lumière de peur que le bruit de la minuterie ne réveilla quelques âmes sensibles. Influencé aussi par l’ambiance de clandestinité dans laquelle je me déplaçais, transportant avec moi un sentiment d’usurpation – je redoutais la présence agressive d’un rival jaloux embusqué dans un recoin. Marie-Louise s’était promise à un riche américain mais c’est avec moi, pauvre bougre, qu’elle voulait passer ses dernières douces nuits de pures frivolités. Sa chambre était au bout du couloir. Il me fallait passer devant toutes les portes ; derrière l’une d’elle je captai un gémissement, un discret feulement saccadé, la respiration d’une femme en plein orgasme. Je devinai son sourire de contentement, je collai mon oreille contre la porte et entendis presque ses petits frissons retenus en conclusion du plaisir qu’elle venait de vivre. Je repris perturbé mon chemin vers la chambre de Marie-Louise, possédé par l’expression de l’extase féminine que je venais d’entendre. Je fis l’amour en retenant ma respiration pour mieux écouter ma partenaire réagir. A bout de souffle j’éclatai de rire alors qu’elle s’abandonna complètement ; elle me rejoignit dans le plaisir en riant à son tour.
Je claironne aujourd’hui ce souvenir que je croyais éteint à jamais car je viens de découvrir Hysterical Literature, le projet d’un vidéaste américain qui met en scène de manière délicate et amusante la jouissance au féminin.
Qu’est-ce que je regarde en premier chez une femme ? Sa voix ai-je la coquetterie de répondre. Je réalise que c’est son souffle qui me fascine le plus et après lequel je cours depuis tant d’années. Ingénieur aérodynamicien, je m’éreinte à améliorer la perception des turbulences pour mieux les apprivoiser. Je travaille le jour à mettre en équation ce qui me fait rêver la nuit.
Je dompte et je ravive l’onde qui fait chanceler la flamme que je ne veux voir jamais s’éteindre.