A LEURS AMOURS

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Vanity Fair n°28 – octobre 2015

De page en page, de Jane Fonda à Pamela Harriman, je me balade et j’imagine vivre d’autres vies à côté et loin d’elles, hors du temps. Dans la confidence ou dans le phantasme. Je suis un homme amoureux des aventures sentimentales et des émois réussis. Je tourne la tête. Une autre figure s’annonce dans mon esprit, celle d’une grande amoureuse dont les exploits font sonner plein de nos idées cloches et préconçues : Carla Bruni.
Par esprit de contradiction, par volonté de provocation, par goût de l’évasion et de la construction d’autre chose, je pars à la rencontre d’un grand séducteur pur produit de mon imagination. Je distille à l’envie son carnet d’adresses amoureux en élaborant un palmarès comparable à celui de la belle et libre Carla. Je m’amuse et je tousse devant ce portrait miroir où se télescopent des correspondances improbables. Je m’interdis tout jugement de valeurs, j’extrapole les idées folles, les mariages impossibles… je suis pour la liberté de penser et pour le libre mouvement des corps. J’ouvre la porte aux commentaires et à l’indulgence.

Carla BRUNI Carlos BURNET
Chanteurs Mick JAGGER
J-J. GOLDMAN
Louis BERTIGNAC
Eric CLAPTON
Madonna
Mylène FARMER
Lorie
Barbara STREISAND
Comédiens Charles BERLING
Vincent PEREZ
Kevin COSTNER
Anne PARILLAUD
Carole BOUQUET
Sharon STONE
Politiques Laurent FABIUS
Nicolas SARKOZY
Luc FERRY
Ségolène ROYAL
Michèle ALLIOT-MARIE
Simone WEIL
Rashida DATI
Divers Donald TRUMP
Arno KLARSFELD
J-P ENTHOVEN, le père
Raphaël ENTHOVEN, le fils
Mona AYOUB
Eva JOLY

 

HISTOIRE D’UNE COLLECTION

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Vanity Fair n° 27 – septembre 2015

Coquetterie : rien au monde de plus honorifique que d’être présenté comme étant un collectionneur de tableaux ; appartenir à cette élite mondiale et nonchalante qui concède parfois à communiquer hypocritement sur sa passion. Mais à propos de ses œuvres derrière lesquelles elle ne se cache pas mais dont elle revendique la propriété, s’est-on seulement posé la question de savoir quelle était leur meilleure place ? A l’atelier, dans les salons particuliers, au musée… sur les murs du château de Versailles ?
Un ami notaire me raconta l’histoire d’une succession hors du commun qu’il eut à régler. Un père de famille, important propriétaire de milliers d’hectares de champs d’oliviers dans le sud de l’Europe, nourrissait avec un goût très éclectique une passion secrète pour les tableaux et les peintres. Il parcourait la planète pour visiter les musées, avait accès à quelques collections particulières et rencontrait les artistes avec lesquels il affectionnait tout particulièrement de refaire le monde en passant des soirées à boire des coups inspirés. Il n’était pas très souvent chez lui et ne ressentait pas trop le besoin de posséder pour posséder – quel intérêt d’entasser des trésors si on ne peut pas en profiter ? Cependant en toute discrétion il constitua une petite collection qu’il dissémina chez des amis choisis. Les artistes et marchands étaient contents de vendre ; les dépositaires se voyaient rappeler au joyeux souvenir de leur ami à la vue des tableaux prêtés.
Après son décès ses enfants découvrirent l’existence et l’éparpillement des chefs-d’œuvre. Selon un protocole établi avant sa disparition, l’ensemble des tableaux fut retourné à la succession à l’exception d’une douzaine. Dans un alinéa de son testament le père invitait ses enfants à se rapprocher des douze récipiendaires dont la liste était jointe pour convenir de rendez-vous à l’issue desquels ils pourraient disposer des tableaux.
« Ce lègue particulier que je vous demande d’aller chercher n’est pas accompagné d’un message, c’est une nouvelle conversation que je vous invite à ouvrir entre les tableaux, mes amis et vous.
Allez les voir dans l’ordre qu’il vous plaira, chaque rencontre devra vous apporter la joie que j’ai eu de les croiser un jour pour les partager très vite. Vous repartirez avec ou pas, le choix vous appartient.
PS. J’ai privilégié des petits formats pour plus de praticité dans vos vies modernes et mouvementées… »

INSTANTANÉ

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Maison & Objet – Septembre 2015

Un des préceptes auquel je m’oblige avant de rentrer dans un magasin est de savoir pourquoi j’y rentre et ce que je viens y acheter. Pourquoi je m’invite alors en passager clandestin à naviguer dans les allées du salon M&O plusieurs heures durant, d’un pas chaloupé, sans escales ? Je ne suis pas un forçat du monde consumériste possédé par ses achats, peut-être la caricature joyeuse d’un galérien moderne qui espère encore et toujours qu’en usant ses semelles il sentira le vent le soulever. À chaque coup de gambette magique je m’attends à découvrir L’Objet Merveilleux. Je ne cherche pas la lampe d’Aladin, je suis dans son palace sous un ciel multi-étoilé. J’avance dans un monde de suggestion. Ce n’est pas ma présence qui est clandestine mais ma destination qui est incertaine. En passant les portes du salon, je m’en vais quérir le hasard et la sensation.
Et la rencontre se produit.
J’éprouve pour les polaroïds une tendresse particulière, pour l’appareil vintage et pour ses développements instantanés dont on pleure aujourd’hui l’altération inéluctable. Je conserve dans mes tiroirs une collection de ce que l’on n’appelait pas encore à l’époque des selfies – une série d’autoportraits où s’immobilisait l’impression du miroir dans lequel se reflétait le visage de mes vingt ans immatures. Je regarde avec joie les manipulations manuelles sur Polaroïd du photographe Christian McManus dont plusieurs tirages ornent les murs de mon bureau, et je m’arrête, interpelé, devant le stand Polaboy qui propose de reprendre autour d’une image rétro-éclairée la même forme de cadre que celui de nos bons vieux Pola avec la base plus large que les trois autres côtés. L’offre est astucieuse, elle me permet en un clic de résoudre le problème d’encadrement et de mise en valeur des tirages des photos de l’artiste que j’affectionne.
La sculpture traverse les âges, les peintures se restaurent, on accorde aux tirages photo une espérance de vie de moins de cent ans, le Polaroïd est une anecdote photographique à laquelle la raison me suggèrerait de ne pas m’attacher. Mais je m’y accroche ! Dans le hall d’exposition n° 8 le geste design du maître de forge Jirko Bannas aimante mon regard vers le contenant Polaboy et redonne vie au contenu McManus.
L’ouverture d’un nouveau flacon créatif me promet l’empreinte d’une nouvelle ivresse.
ÉM&OTION partagée ?

BEAUX RIVAGES

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Vanity Fair n° 26 – aout 2015

A partir d’une lecture, je partage un voyage ; à partir d’une image, d’une seule image, je pars dans un rêve. Je m’envole dans le décor, puis viens m’y reposer calmement avec un sentiment de bien être et d’appétit renouvelé. Je me pose à peine pour repartir et tournoyer encore, chercher un petit complément, cueillir une nouvelle saveur. Je projette dans ma tête-à-théâtre un leitmotiv plus emprunt de jouissance que de cohérence. Je deviens écrit-peintre, photo-rapporteur… pilote de mon aéro-rêve, à la limite du décrochage entre les mondes réel et imaginaire :
La Dolce Riva.
D’une vie simple et banale dans un cadre idyllique, l’existence de Lorenzo aurait pu virer au cauchemar le jour où il découvrit au milieu du lac le corps sans vie d’Irène la vieille dame, son amie. Lorenzo est artisan facteur. Après avoir servi comme vaguemestre dans la marine nationale italienne il distribue aujourd’hui le courrier aux riverains d’un grand lac du nord de l’Italie. Véritable agent de liaison, il est connu et apprécié de tous, il connaît chacun des habitants qui se cachent derrière les 211 boites aux lettres qu’il dessert . En plus de son travail de postier privé, il rend de-ci de-là quelques menus services. Son originalité est d’effectuer sa tournée en bateau ; il offre l’opportunité de pouvoir passer d’une rive à l’autre rapidement. Pour la Police, confortée par la duplicité mesquine de voisins devenus soudainement anonymes, il représente le profil du suspect idéal. La nature humaine possède une ironique capacité à honnir parfois ce qu’elle a tant chéri. Adieu Lorenzo ! Détail aggravant : la vieille et riche Irène a couché le beau Lorenzo sur son testament en lui donnant son bateau Riva.
Un facteur sait beaucoup de choses. Un bon facteur doit savoir se taire. Quand certains indélicats fouillent les poubelles des célébrités pour découvrir leurs secrets, lui retient simplement ce qu’il glisse chaque jour dans les boites aux lettres. Mais pour sauver sa peau Lorenzo n’hésita pas à rompre son serment informel et à aiguiller discrètement les enquêteurs sur l’ancien mari d’Irène dont il se souvenait des courriers menaçants et dont on ne retrouva curieusement aucune trace.
Dans le sillage de ses nouvelles tournées notre batelier-facteur n’abandonne aucune amertume, trop heureux de reprendre son service sur son nouveau bateau rebaptisé : ‘’SIRENE’’.

HOTEL PARTICULIER

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Vanity Fair n° 25 – juillet 2015

Avant de lui succomber Ana avait bien réfléchit. Elle s’abandonnerait à Omar à deux conditions : qu’il ne la demande jamais en mariage et qu’il lui offre une maison assez grande pour pouvoir le recevoir dignement quand il manifestera son désir de lui rendre visite. Ah oui ! autre détail : elle ne voulait surtout ne jamais entendre parler d’enfants. Là, où pour la plupart des couples l’engagement réciproque apporte stabilité affective et tremplin pour les projets d’enfants, Ana portait en elle une autre ambition : elle voulait vivre libre bien décidée dans ce monde à l’esprit sordide à n’être ni l’épouse, ni la putain d’un homme et à jamais ne devenir ni l’une ou l’autre *. Omar était un riche égyptien, il suivait le souffle de ses affaires, manifestait à sa patrie un attachement sans faille et s’en remettait à la volonté de Dieu pour guider sa vie. Son esprit fut piqué et intrigué par les exigences d’Ana. Plus qu’une simple coquetterie féminine il trouva dans l’allure de sa belle andalouse un défi troublant prompt à ragaillardir son affect de mâle conquérant et sa vie d’entrepreneur débonnaire.
Il lui offrit un grand domaine, au Sud de nulle part – pas loin d’un aéroport international et d’une route carrossable. Ana y créa un hôtel magnifique hors du temps, un cocon pour recevoir les amoureux du monde entier avec discrétion et raffinement. Elle ne courut jamais après son prince charmant, c’est lui qui vint rendre visite à sa directrice générale, son ‘’Caudillo’’ comme il aimait l’appeler. Avec le temps, elle se résigna de bonne grâce à voir plus souvent les membres de son conseil d’administration que son généreux président dont elle finit par prendre le fauteuil.
Elle aurait pu vivre dans ce paradis et mourir comme une reine qui s’endort sur ses songes. Hélas, un reportage télévisuel ventant les mérites de l’hôtel rappela à l’un des fils de l’ancien propriétaire l’existence des terres familiales. Après quelques recherches, il s’aperçut qu’Omar n’avait jamais finalisé la transaction d’acquisition du domaine. Il fit parvenir les revendications de sa famille et obligea Ana à partir et à ne jamais revenir.
Ana s’était toujours méfiée des enfants, son aversion était prémonitoire.
Sur sa tombe elle veut que l’on grave : « Salauds de gosses ».

* John IRVING « Le monde selon Garp ».

ETRE UN AUTRE

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Vanity Fair n° 24 – juin 2015

Devant la porte de son cabinet, le professeur Malaparte est fébrile. Avec quelques outils il entend fixer lui-même sa nouvelle plaque professionnelle sur laquelle on peut lire :
« Yvan MALAPARTE, docteur en psychologie et théâtre ».
Après quinze années de pratiques psychanalytiques, ayant constaté les limites des thérapies traditionnelles et voulant aussi dénoncer le comportement complaisant de confrères peu scrupuleux à reconduire éternellement les séances , le professeur a mis au point une nouvelle méthode. C’est un de ses patients qui lui a donné l’idée de privilégier la théâtralisation de l’existence plutôt que son intériorisation. Il souffrait d’une timidité maladive. Malgré un travail classique et rigoureux, des prises de conscience prégnantes et une mise à plat, sinon un démêlage complet des liens avec ses parents, rien ne semblait améliorer sa relation avec le monde extérieur. Il lui proposa de l’accompagner à jouer des rôles qu’ils composèrent ensemble. Pour cela ils se virent deux à trois fois par semaine pendant six mois. Soulagé de ne plus centrer exclusivement sur lui la conversation, le patient s’ouvrit à critiquer les situations dans lesquelles il se plongeait délibérément et, petit à petit se libéra de sa pathologie.
La méthode est une sorte de complexe du castor produit et contrôlé par le médecin où le patient se transforme en sa propre marionnette ; il devient l’acteur de ses maux intimes et grâce à la distance que lui apporte le jeu et aux nombreuses mises au point, il en accepte l’analyse. Avec une autre personne qui avait du mal à s’exprimer, il lui proposa de chanter et de préparer une sorte de mini tour de chant. Chaque individu devient actif et réactif, le temps de la guérison se raccourcit. Plutôt que de disposer de ses patients comme de pantins, le professeur imagine avec eux de rédempteurs personnages. On passe d’une théorie freudienne vieillissante à un concept novateur et enthousiaste.
Seul sur son palier, maintenant depuis plusieurs minutes, le docteur se gratte la tête sans savoir comment procéder à la pose de sa nouvelle plaque. Il se prenait pour un Castor Junior habile des ses mains ; il se résout à faire appel aux services d’un professionnel.
Pas facile d’être un autre !

Tour de Malice

Paris Tour Eiffel retour Paul Almasy

J’éprouve une réelle fascination et attirance pour les propos opposés et tranchants concernant les avis sur des objets dont on se dispute le bien fondé sinon la beauté. Tout le monde a raison, tout le monde a tord. Du côté des pour comme des contres, les arguments et les légitimités sont imparables et pourtant…
Rien ne change aujourd’hui, à propos de la Tour Triangle, de la réhabilitation de la Samaritaine, etc. : on se dispute encore et toujours pour imposer une façon de voir des choses qu’on a jamais vues…

Ici retranscrit la pétition contre l’érection de la Tour Eiffel en 1889 :

« Nous venons, sculpteurs, architectes, peintres, amateurs passionnées de la beauté jusqu’ici intacte de Paris, protester de toutes nos forces, de toutes notre indignation, au nom du goût français méconnu, au nom de l’art et de l’histoire français menacés, contre l’érection, en plein cœur de notre capitale, de l’inutile et monstrueuse Tout Eiffel. La ville de Paris va-t-elle s’associer plus longtemps aux baroques, aux mercantiles imaginations d’un constructeur de machines, pour se déshonorer et s’enlaidir irréparablement ? Car la Tour Eiffel, dont la commerciale Amérique elle même ne voudrait pas, c’est, n’en doutez pas, le déshonneur de Paris. Chacun le sent, chacun le dit, chacun s’en afflige profondément, et nous ne sommes qu’un faible écho de l’opinion universelle, si légitimement alarmée. Enfin, lorsque les étrangers viendront visiter notre Exposition, ils s’écrieront, étonnés : ‘’Quoi ? C’est cette horreur que les Français ont trouvée pour nous donner une idée de leur goût si fort vanté ?’’ Ils auront raison de se moquer de nous, parce que le Paris des gothiques sublimes, le Paris de Puget, de Germain Pilon, de Jean Goujon, de Barye, etc., sera devenu le Paris de Monsieur Eiffel. »

Le Temps, 14 février 1887

Extrait de la « Protestation des artistes » signée entre autres par Ernest Meissonier, Charles Gounod, Charles Garnier, William Bouguereau, Alexandre Dumas fils, François Coppée, Leconte de Lisle, Sully Prudhomme et Guy de Maupassant.

Poussières de paradis

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Vanity Fair n° 23 – mai 2015

Affirmer bien vivre me paraît une déclaration présomptueuse et stupide, une vaine proclamation sur l’existence qui dénoncerait l’insouciance béate ou masquerait la désespérance sournoise de son annonceur. La vie est moche comme une sardine mais elle est bonne pour la santé ! Il arrive à tout être doué un tant soit peu d’intelligence et de sensibilité de se sentir malheureux parfois. Sans en faire une profession de foi, taire sa tristesse est malhonnête, et mettre ostentatoirement son bien être en avant, indélicat et superficiel. J’aimerai être un simple d’esprit pour percevoir la vie avec assez de légèreté et, me sentant bien heureux le déclarer en toute liberté. Las, je ne le suis pas. Cynique et dépressif non plus. Un brin désabusé et mélancolique, je trimballe ma carcasse sur les chemins avec le regard de l’optimiste devenu pessimiste à force de constatations désastreuses. J’adapte ma trajectoire au gré des circonstances et des reliefs, m’efforçant de vivre dans un même élan de générosité la joie des ascensions ainsi que la désillusion des dégringolades. Jamais je ne me plaindrai de la vie, jamais je ne m’extasierai de manière définitive non plus. J’ambitionne de mourir heureux. A cinquante ans, je viens de passer un deal avec les Hells Angels de mon quartier de Joufflard-en-Bouzy. Nous nous sommes mis d’accord afin qu’à l’horizon de mes 80 ans ils m’aident à devenir immoral et joyeux. Notre contrat est oral, il les engage dès maintenant à me fournir, dès le premier appel de ma part, en ‘’poussière de paradis’’, un panaché de produits me permettant de me lâcher enfin jusqu’à mourir dignement sans importuner mes proches par un état de santé inconfortable et dégradant. J’espère ainsi expérimenter un protocole, élaboré très en amont, pour une belle fin de vie tonitruante. L’important n’étant pas pour moi de durer, comme certains l’ambitionnent, mais bien de conclure mon passage sur terre de la plus belle des manières, en bonne santé ! et des rêves plein la tête.

Vagabond pour l'instant